Le gouvernement s’apprête à tourner la page du dispositif exceptionnel de soutien aux entreprises de presse instauré pendant la pandémie de Covid-19. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 prévoit une enveloppe de 247 millions de dirhams pour le secteur de la presse et de l’édition, dans la perspective d’un retour à un système d’aides versées aux entreprises, sous réserve du respect de conditions juridiques, financières et professionnelles. Mis en place en 2020, le mécanisme exceptionnel reposait notamment sur la prise en charge directe des salaires des journalistes et des autres employés des médias privés. Après plus de six années d’application, le dispositif devrait céder la place à un mode de financement fondé sur l’octroi de subventions aux entreprises de presse, conformément au cadre réglementaire en vigueur. Plus de 1,13 milliard de dirhams dépensés entre 2020 et 2024 Le coût de ce soutien a atteint au moins 1,13 milliard de dirhams au cours de ses cinq premières années, entre 2020 et 2024, selon les chiffres précédemment présentés au Parlement par Mohamed Mehdi Bensaïd, ancien ministre de la jeunesse, de la culture et de la communication. Les montants consacrés à la prise en charge des salaires des employés des entreprises de presse, ainsi qu’à leurs obligations sociales et fiscales, se sont élevés à 164 millions de dirhams en 2020, 161 millions en 2021 et 167 millions en 2022. Ils ont ensuite connu une hausse marquée, atteignant 314 millions de dirhams en 2023, puis 325 millions en 2024. Sur cette période, la dépense annuelle moyenne s’est établie à environ 226 millions de dirhams. Ces chiffres ne comprennent pas les sommes versées en 2025 et 2026, le dispositif exceptionnel ayant été maintenu durant ces deux années. En l’absence d’un bilan officiel consolidé, le coût total du mécanisme depuis son lancement ne peut donc pas être établi précisément. Il dépasse néanmoins les 1,13 milliard de dirhams déjà recensés pour la période 2020-2024. Une réforme annoncée, mais toujours sans calendrier définitif En janvier 2025, le gouvernement avait annoncé son intention de mettre fin au soutien exceptionnel dès le mois de mars. La décision n’a toutefois pas été appliquée dans les délais prévus. L’État a continué à verser directement les rémunérations des journalistes et des autres salariés sur leurs comptes bancaires, au lieu de transférer les sommes correspondantes aux entreprises de presse qui les emploient. En février 2026, Mohamed Mehdi Bensaïd avait annoncé qu’une nouvelle formule avait été élaborée en accord avec le ministère de l’économie et des finances. Celle-ci devait marquer le retour à un financement des entreprises de presse, assorti d’une enveloppe budgétaire plus importante. L’ancien ministre avait alors attribué les retards de mise en œuvre, notamment, à l’inachèvement des dossiers administratifs de certaines petites et moyennes entreprises. Le projet de budget pour 2027 prévoit désormais 247 millions de dirhams pour soutenir le secteur de la presse et de l’édition. Mais les documents budgétaires publiés ne détaillent pas encore la ventilation de cette enveloppe entre les différentes catégories de bénéficiaires, ni les montants réservés au fonctionnement et à l’investissement. Des aides conditionnées par le cadre réglementaire Le futur dispositif s’appuie sur le décret n° 2.23.1041 du 22 décembre 2023 et sur les décisions réglementaires qui le complètent. Ces textes définissent les conditions d’accès aux aides publiques destinées aux secteurs de la presse, de l’édition, de l’imprimerie et de la distribution. Le système prévoit des subventions destinées à soutenir les dépenses de fonctionnement et les investissements des entreprises. Leur calcul tient compte des coûts de production et des salaires, mais également de la nature de l’entreprise de presse et de l’importance de son activité. Les bénéficiaires doivent notamment satisfaire à leurs obligations légales, fiscales et sociales, déclarer leurs salariés auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et respecter les conditions relatives à l’emploi et au chiffre d’affaires. Pour certaines catégories d’entreprises de presse, les taux de soutien au fonctionnement peuvent représenter entre 30 % et 50 % du coût total de production et de la masse salariale, selon les modalités fixées par les textes réglementaires. Ce mécanisme se distingue toutefois de l’ancien système : il ne prévoit pas, par principe, la poursuite du versement direct des salaires par l’État aux comptes bancaires des journalistes. Le champ d’application du cadre juridique s’étend également aux entreprises d’imprimerie et de distribution. Reste à connaître la répartition précise des 247 millions de dirhams inscrits au projet de budget pour 2027 entre ces différents secteurs. Les petites entreprises face aux conditions d’éligibilité Selon des sources semi-officielles, 379 entreprises de presse bénéficient actuellement du soutien public. En parallèle, 59 entreprises sont présentées comme structurées et affiliées à des organisations professionnelles, d’après les chiffres communiqués. Le passage à ce nouveau modèle pose la question de la capacité des petites et moyennes entreprises à remplir les conditions d’éligibilité. Il soulève également celle de la continuité du paiement des salaires, dans un secteur confronté à des difficultés financières, à la baisse des recettes publicitaires et à la concurrence croissante des plateformes numériques. À ce stade, plusieurs éléments restent en suspens. Le gouvernement n’a pas publié de bilan financier définitif des aides exceptionnelles versées depuis 2020, ni de tableau détaillé de la répartition des crédits prévus pour 2027. La date à laquelle prendra effectivement fin le système de prise en charge directe des salaires n’a pas non plus été confirmée. The post Presse : 247 millions de dirhams prévus en 2027, la fin des aides directes se profile appeared first on Hespress Français - Actualités du Maroc .

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