Un draft américain, un veto russe et, au final, un mandat non reconduit. VIRAGE . La non-reconduction du mandat de la Minurso, après 35 ans de présence dans les provinces du Sud, marque un tournant majeur dans le dossier du Sahara marocain. Loin d’avoir été pris de court par le veto russe au Conseil de sécurité, le Maroc avait anticipé ce scénario et choisi de saisir l’occasion pour remettre en question des mécanismes devenus inadaptés aux évolutions du dossier. Une orientation qui s’inscrit dans la nouvelle approche impulsée par SM le Roi Mohammed VI, privilégiant la transformation des paramètres du dossier plutôt que la simple gestion du statu quo. Le 30 octobre 2026 marque une nouvelle étape dans l’histoire du dossier du Sahara marocain. Après 35 années de présence, la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) arrive au terme de son mandat, faute d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité autorisant sa prolongation. Dans un communiqué rendu public à l’issue de la réunion du Conseil, le Cabinet Royal a qualifié cette évolution d’« importante » et de «pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies ». Cette décision intervient dans des circonstances diplomatiques particulières. Le projet de résolution présenté par les États-Unis, qui proposait notamment une évolution du mandat de la mission et de son appellation, a recueilli onze voix favorables mais s’est heurté au veto de la Russie. Le projet concurrent présenté par Moscou, qui visait à maintenir le dispositif existant, n’a pas non plus été adopté. Le résultat de ces deux votes a conduit à la non-reconduction du mandat de la Minurso. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette issue n’a constitué aucune surprise pour le Maroc. Le veto russe était anticipé Invité samedi 31 octobre d’une émission spéciale diffusée sur 2M, le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a apporté des précisions importantes sur les circonstances ayant précédé le vote. Le Maroc savait depuis plusieurs jours que la Russie envisageait d’opposer son veto au projet américain. Des échanges avaient eu lieu avec Moscou et cette éventualité avait été clairement identifiée. Deux options se présentaient alors à la diplomatie marocaine. La première consistait à engager de nouvelles négociations sur le contenu du projet de résolution américain afin d’éviter le veto russe. Il aurait fallu, comme cela se pratiquait régulièrement par le passé, revoir certaines formulations, atténuer des passages, introduire des compromis et rechercher un texte susceptible de recueillir l’accord des différentes parties. La seconde option, en revanche, était de considérer que cette situation pouvait, au contraire, constituer une occasion de faire évoluer les règles qui encadraient depuis des décennies le traitement du dossier. Et c’est cette deuxième approche qui a été privilégiée. Le Maroc n’a donc pas cherché à convaincre la Russie de renoncer à son veto. Il n’a pas non plus demandé que le projet américain soit affaibli pour faciliter son adoption. L’objectif était désormais d’aller au-delà des ajustements habituels apportés aux résolutions successives et de tirer parti de la dynamique diplomatique enregistrée ces dernières années pour remettre en question des mécanismes qui ne correspondaient plus à la réalité du dossier. De la gestion du dossier à la transformation de ses paramètres Cette orientation rejoint directement le sens donné à la Fête de l’Unité, l’Aïd Al Wahda, instituée par SM le Roi Mohammed VI et célébrée pour la première fois le 31 octobre. La coïncidence entre cette célébration et la non-reconduction du mandat de la Minurso revêt ainsi une signification particulière. La nouvelle fête nationale incarne précisément le passage d’une simple logique de gestion du dossier du Sahara à une approche visant à transformer profondément ses paramètres. Pendant plusieurs décennies, le traitement de cette question au Conseil de sécurité a été marqué par la recherche régulière de compromis permettant de reconduire les mécanismes existants. Chaque nouvelle échéance donnait lieu à des négociations sur les formulations des résolutions, leur équilibre et les conditions de renouvellement du mandat de la mission. Or, il se trouve que sur le terrain la situation du dossier du Sahara a considérablement évolué depuis la création de la Minurso en 1991. Le plan marocain d’autonomie bénéficie aujourd’hui d’un soutien international de plus en plus large. La résolution 2797, adoptée en octobre 2025, avait elle-même marqué une évolution importante en plaçant cette initiative au centre du processus politique. Dans ce contexte, la reconduction à l’identique des mécanismes hérités du début des années 1990 ne correspondait plus à la nouvelle réalité diplomatique. Une mission dont le mandat était devenu anachronique La question de la pertinence de la Minurso occupe une place centrale dans cette nouvelle approche. Créée en 1991, la mission avait initialement pour vocation de préparer l’organisation d’un référendum au Sahara et de veiller aussi à faire respecter les accords de cessez-le-feu. Mais ce référendum n’a jamais été organisé et cette option a été purement et simplement abandonnée depuis plus de deux décennies dans la recherche d’une solution politique. Pourtant, la Minurso a continué à porter dans son appellation même la référence à ce référendum. La lettre « R », qui renvoie à cette consultation, était ainsi devenue le symbole d’un décalage entre le cadre initial de la mission et la réalité de ses activités. Depuis plus de vingt ans, la préparation d’un référendum ne figure plus parmi les activités opérationnelles de la mission, dont les moyens et les effectifs ont progressivement été réorientés vers d’autres tâches. La proposition américaine soumise au Conseil de sécurité visait précisément à tirer les conséquences de cette évolution en modifiant le nom de la mission et la nature de son mandat. Pour le Maroc, il n’était plus justifié de maintenir indéfiniment une terminologie et un dispositif hérités d’une période révolue, alors que le cadre politique du règlement du dossier avait profondément changé. La non-reconduction du mandat met aujourd’hui fin à cette situation. La présence de la Minurso dans les provinces du Sud, à travers ses personnels, ses véhicules, ses équipements et ses symboles, devrait ainsi cesser dans les prochains jours. Le cessez-le-feu et les limites de la surveillance sur le terrain L’autre argument avancé pour expliquer la remise en question de la Minurso concerne sa mission de surveillance du cessez-le-feu. Depuis 1991, les observateurs militaires de l’ONU étaient chargés de suivre la situation sur le terrain et de veiller au respect des arrangements militaires conclus dans le cadre du cessez-le-feu. Mais cette mission s’est trouvée confrontée à une nouvelle situation depuis novembre 2020, lorsque le polisario a annoncé publiquement et officiellement qu’il ne se considérait plus lié par cet engagement. Dès lors, la question de l’efficacité même du dispositif de surveillance s’est posée. Comment une mission peut-elle continuer à assurer le suivi d’un cessez-le-feu lorsque l’une des parties déclare officiellement ne plus s’estimer tenue de le respecter ? Nasser Bourita a également attiré l’attention sur les moyens humains dont disposait réellement la mission pour accomplir cette tâche. Sur un effectif total de 157 militaires, seuls 43 étaient déployés à l’est du mur de défense marocain, répartis sur plusieurs postes d’observation. Un dispositif extrêmement limité au regard de l’étendue des territoires concernés et des contraintes de déplacement et de surveillance sur le terrain. Pour le chef de la diplomatie marocaine, ces éléments illustrent les limites d’une mission qui avait progressivement perdu une grande partie de sa pertinence opérationnelle. Son maintien dans les mêmes conditions contribuait davantage à prolonger le statu quo qu’à favoriser une évolution du dossier. Un départ qui se fera dans des conditions responsables La non-reconduction du mandat signifie désormais que la Minurso devra mettre fin à sa présence dans les provinces du Sud. Cette évolution ne signifie toutefois pas que le Maroc entend précipiter son départ ou procéder à une expulsion de ses personnels. Le Royaume entend accompagner cette transition dans des conditions responsables, en accordant le temps nécessaire aux opérations de retrait et en mettant à disposition les facilités logistiques requises. Cette démarche s’inscrit dans l’attachement du Maroc à la coopération avec les Nations unies et à son engagement constant en faveur du maintien de la paix. Après 35 années de présence, le départ de la mission nécessitera naturellement des dispositions pratiques et techniques concernant ses personnels, ses installations, ses équipements et ses moyens logistiques. Il s’agit désormais d’organiser cette transition dans les meilleures conditions. Vers la fin de la saisine du Conseil de sécurité La disparition de la Minurso devrait également entraîner une évolution importante du traitement du dossier au sein des Nations unies. La fin du mandat de la mission remet en question les mécanismes périodiques qui rythmaient depuis des décennies l’examen de la question du Sahara marocain au Conseil de sécurité. Les réunions consacrées au renouvellement de la Minurso, les rapports du Secrétaire général qui accompagnaient ces échéances et les briefings de son Envoyé personnel n’auraient ainsi plus lieu d’être dans leur configuration habituelle. Cette évolution devrait marquer la fin de la saisine du Conseil de sécurité et ouvrir la voie au retrait de cette question de son ordre du jour. Pour le Maroc, il s’agit de tirer les conséquences institutionnelles de la disparition d’un dispositif qui constituait depuis 1991 l’un des principaux supports du traitement périodique du dossier au sein de cette instance. Le processus politique onusien, marqué pendant des années par les tergiversations des autres parties, leur entêtement à créer le blocage et à prolonger le statu quo, se trouve ainsi suspendu. Cette suspension ne signifie cependant pas que toute perspective de règlement politique soit définitivement écartée. Une éventuelle reprise du processus pourrait intervenir dans un cadre et selon des modalités tenant compte des évolutions enregistrées. La Quatrième Commission, une autre perspective au sein de l’ONU Les prochaines démarches diplomatiques pourraient également concerner d’autres instances des Nations Unies. La Quatrième Commission de l’Assemblée générale, chargée notamment des questions politiques spéciales et de décolonisation, figure parmi les cadres évoqués par Nasser Bourita. Son fonctionnement diffère de celui du Conseil de sécurité sur un point essentiel : aucun État n’y dispose d’un droit de veto. Les positions exprimées par les États et les majorités qui se dégagent lors des votes y occupent donc une place déterminante. Cette différence prend une signification particulière dans le contexte diplomatique actuel. Le Maroc dispose aujourd’hui de soutiens internationaux considérables en faveur de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Plus des deux tiers des membres des Nations Unies, y compris des membres permanents du Conseil de sécurité et plusieurs puissances influentes, appuient clairement cette solution. L’enjeu serait donc de faire en sorte que ces positions nationales trouvent également leur traduction dans les travaux et les décisions des autres organes onusiens. Cette perspective s’inscrit dans les démarches annoncées pour faire évoluer le traitement du dossier au sein de l’ensemble du système des Nations Unies. Le Maroc demeure attaché au cessez-le-feu Tout en marquant sa satisfaction à la suite de cette évolution, le Royaume réaffirme son ferme attachement au cessez-le-feu. Cette position demeure inchangée et s’inscrit dans le strict respect de l’intégrité territoriale du Maroc, de sa sécurité nationale et de la quiétude de ses citoyens. La fin du mandat de la Minurso ne remet donc pas en cause l’engagement du Royaume à préserver le cessez-le-feu et à agir dans un esprit de responsabilité. Il s’agit d’un principe constant de la position marocaine, indépendamment des évolutions intervenues dans le dispositif de surveillance onusien. Une dynamique internationale qui se poursuivra La nouvelle étape ouverte par la non-reconduction de la Minurso intervient dans un contexte où les soutiens internationaux au Plan marocain d’autonomie ont atteint un niveau inédit. La dynamique diplomatique engagée sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI se poursuivra aux niveaux bilatéral et régional. Elle a permis de capitaliser des acquis importants auprès des grandes puissances, de nombreux partenaires internationaux et d’une majorité des États membres des Nations Unies. Le vote du 30 octobre au Conseil de sécurité, avec onze voix favorables au projet américain, dont celles de trois membres permanents, a également illustré cette évolution des positions internationales. La nouvelle situation ne constitue donc pas un retour à celle qui prévalait au début du processus onusien en 1991. Le Maroc aborde cette étape avec une initiative d’autonomie largement soutenue et une dynamique diplomatique qu’il entend poursuivre. Après 35 années consacrées à la gestion d’un dispositif hérité d’un autre contexte, la priorité est désormais de faire évoluer les mécanismes de traitement du dossier pour les mettre en adéquation avec les réalités politiques et diplomatiques actuelles. C’est tout le sens de l’approche engagée sous la conduite de SM le Roi Mohammed VI : tourner la page d’un cadre devenu dépassé et poursuivre le processus de parachèvement de l’intégrité territoriale du Royaume. Recevez les dernières actualités d’Aujourd’hui Le Maroc directement sur WhatsApp
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