Marie Rosalie Coly, dite Apoye Étame, sollicite une reconnaissance culturelle et patrimoniale de son rôle dans la transmission des savoirs traditionnels, la protection des Bois Sacrés et la consolidation de la paix. Elle appelle à l’ouverture d’une concertation avec l’État, dans le respect des institutions républicaines et des communautés coutumières. La reconnaissance des savoirs traditionnels et de celles qui en assurent la transmission est au cœur d’une démarche portée par Sa Majesté la Reine Mère Apoye Étame. Connue à l’état civil sous le nom de Marie Rosalie Coly, cette prêtresse des femmes des Bois Sacrés de Djibélor, en Casamance, entend faire reconnaître une responsabilité culturelle et communautaire qu’elle exerce au sein de son univers traditionnel. Selon elle, la démarche ne vise pas l’attribution d’un pouvoir politique ni l’établissement d’une autorité concurrente de l’État. Elle ambitionne plutôt de donner une place institutionnelle à des savoirs, des pratiques et des responsabilités coutumières qui participent à la préservation du patrimoine culturel immatériel, à la protection de l’environnement et à la cohésion sociale. « Cette démarche ne sollicite aucun pouvoir politique ni aucune autorité parallèle à l’État. Elle demande à la République de reconnaître une responsabilité culturelle qui existe déjà, dans le strict respect de ses lois et de ses institutions », précise Pape Cheikh Ahab Ndiaye, chargé des relations publiques de la Reine Mère. Pour lui, l’enjeu est de faire dialoguer les institutions publiques avec les femmes qui portent une mémoire et des pratiques héritées de plusieurs générations. Réservoirs de connaissances Il s’agit, selon l’esprit du plaidoyer, de ne pas laisser ces savoirs en marge des politiques publiques consacrées à la culture, à l’environnement et à la paix. Au centre de cette revendication figurent les Bois Sacrés, considérés comme des espaces de mémoire, de spiritualité et de transmission. Au-delà de leur dimension religieuse et coutumière, ces lieux sont présentés comme des réservoirs de connaissances sur la nature, les plantes, les cycles de la vie, les règles sociales et les rapports entre les communautés et leur environnement. M. Ndiaye insiste sur la fragilité de cet héritage. La disparition des détenteurs de savoirs, la rupture de la transmission entre générations et la dégradation des espaces naturels peuvent entraîner la perte de pratiques et de connaissances difficiles à reconstituer. D’où la nécessité de documenter ce patrimoine avec les communautés concernées, sans exposer les informations dont la transmission demeure soumise à des règles traditionnelles. « Documenter sans dénaturer, transmettre sans folkloriser, protéger sans déposséder les communautés » : cette formule résume les principes défendus par les initiateurs de la démarche. Elle pose aussi la question des conditions dans lesquelles les connaissances traditionnelles peuvent être valorisées sans être détachées de leurs détenteurs ni transformées en objets de consommation touristique. Les femmes traditionnelles, actrices de paix Le programme proposé prévoit ainsi un inventaire participatif, des mécanismes de transmission intergénérationnelle et des mesures de protection des sites et des connaissances sensibles. Les femmes gardiennes des Bois Sacrés, les autorités coutumières, les collectivités territoriales, les chercheurs et les organisations de jeunesse pourraient être associés à sa mise en œuvre. La reconnaissance souhaitée repose également sur le rôle que les femmes des Bois Sacrés peuvent jouer dans la médiation communautaire et la prévention des tensions. Dans une région marquée par plusieurs décennies de conflit, les mécanismes traditionnels de dialogue et de réconciliation constituent, selon les promoteurs du plaidoyer, une ressource à prendre en considération dans les initiatives de consolidation de la paix. Pour le chargé des relations publiques de la Reine Mère, la participation des femmes traditionnelles ne devrait donc pas intervenir uniquement lorsque les tensions deviennent visibles. Leur expérience pourrait aussi nourrir les programmes d’éducation à la paix, les initiatives de solidarité, le dialogue intergénérationnel et les politiques publiques de cohésion sociale. Pour traduire cette ambition en mesures concrètes, il soumet plusieurs pistes aux autorités compétentes. La première consiste à examiner la possibilité de reconnaître Apoye Étame comme « Trésor Humain Vivant », en considération des savoirs et des pratiques dont elle assure la transmission. Cette proposition devrait être étudiée au regard des dispositifs nationaux applicables à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Le statut envisagé serait strictement consultatif. Il ne conférerait aucun pouvoir de décision administrative, réglementaire ou politique et ne se substituerait ni aux autorités coutumières existantes ni aux institutions républicaines. Il permettrait, en revanche, de solliciter l’expérience de la Reine Mère lors de l’élaboration de projets touchant au patrimoine, à l’environnement et à la cohésion sociale. Vers un Conseil consultatif des Reines de Casamance La démarche dépasse toutefois la seule situation d’Apoye Étame. Elle propose également la création d’un Conseil consultatif des Reines de la Casamance naturelle, réunissant des représentantes des espaces traditionnels de Ziguinchor, de Sédhiou et de Kolda. Cette plateforme aurait vocation à faciliter les échanges avec les pouvoirs publics, à formuler des propositions sur la sauvegarde du patrimoine, à renforcer la participation des femmes et à contribuer à la prévention des tensions locales. Une assemblée des Reines, un bureau représentatif, des commissions thématiques et un secrétariat permanent figurent parmi les mécanismes de fonctionnement envisagés. L’unité proposée ne signifierait pas l’effacement des identités particulières. Chaque Reine conserverait son territoire, ses traditions et ses prérogatives coutumières. Une charte commune fixerait les principes de respect de la République, de solidarité, de dialogue, de protection du patrimoine et de transmission aux jeunes générations. Au-delà de la reconnaissance individuelle, le dossier défend une conception du patrimoine dans laquelle la préservation des traditions, la protection de la nature et la paix sont étroitement liées. Il appelle les pouvoirs publics à associer davantage les communautés détentrices de savoirs aux politiques culturelles, environnementales et éducatives qui concernent leurs territoires. La question des moyens d’action est également soulevée, notamment pour accompagner les activités de transmission, soutenir la préservation des Bois Sacrés et faciliter la participation à des rencontres officielles. Toute mesure de ce type devrait toutefois être examinée par les autorités compétentes, conformément au cadre juridique applicable. À travers cette initiative, Apoye Étame et son entourage veulent ouvrir un débat sur la place des autorités traditionnelles dans la République contemporaine. L’enjeu est de trouver un équilibre entre la reconnaissance des héritages culturels, le respect de l’autonomie des communautés et la préservation des prérogatives de l’État. Par Adama NDIAYE

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Marie Rosalie Coly, dite Apoye Étame, sollicite une reconnaissance culturelle et patrimoniale de son rôle dans la transm