Besoins légitimes Au Maroc la jeunesse vit aujourd’hui une période de transition : elle sort d’un monde où elle était minorée, infantilisée où elle était volontiers qualifiée de l’brahech pour entrer dans une période où elle a pris conscience de ses capacités, de ses envies, de son pouvoir… Dans de nombreux endroits du monde la jeunesse est en ébullition. À cela une cause principale : la recherche de perspectives, la recherche d’un avenir et l’anxiété dans laquelle elle vit. L’Europe est un exemple de ce mal-être, la France le vit en ce moment même mais aussi l’Italie. Certes, il faut faire la distinction affirmée entre les jeunes qui veulent faire entendre leurs légitimes revendications et ceux qui sont dans une démarche violente, ceux qui cassent et vandalisent. À ce sujet il faudrait également se pencher sur cette jeunesse-là qui est l’expression d’autre chose. Au Maroc nous avons en mémoire deux épisodes : celui de la Gen z qui ressemble beaucoup aux jeunes manifestants de France et la douloureuse tentative d’immigration clandestine de Fnideq. Partout nous constatons un immense déphasage entre le monde des responsables de ces pays et leurs jeunesses. Pour dire les choses clairement ils ne comprennent pas les jeunes et n’ont toujours pas saisi que les nouvelles générations n’acceptent pas que l’on fasse pour elle, elle veut que l’on fasse avec elle ! La jeunesse est un sujet particulièrement sensible, exigeant, difficile, les jeunes ont muté, besoins, envies, langage, façons de communiquer, attitude face à l’autorité, mode de vie… Aujourd’hui nous avons en face de nous une jeunesse impatiente, bourrée d’atouts, de talents, je citerais tout d’abord l’inventivité, sa capacité à innover, à créer… puis sa résilience et enfin sa faculté d’adaptation. Par exemple adaptation aux situations, aux événements, aux nouvelles technologies, aux lieux où elle vit… Et il est urgent que l’on se rende compte que le rapport de force est en train de s’inverser : dans très peu et peut-être même est-ce déjà commencé, il sera en leur faveur car ce sont eux qui maîtrisent les nouveaux outils et en particulier l’IA. Participant au Webinaire organisé par Génération Diaspora sur le thème «Entendre le silence de la jeunesse dans les urnes» j’ai écouté avec un immense intérêt cette thèse développée par Mehdi Alaoui pour le Maroc et Assad Mohamed pour la France, deux intervenants extraordinaires ! Les nouvelles générations ont aujourd’hui entre les mains un outil de communication, de pouvoir, d’expression qu’ils maîtrisent mieux que quiconque. Au Maroc la jeunesse vit aujourd’hui une période de transition : elle sort d’un monde où elle était minorée, infantilisée où elle était volontiers qualifiée de l’brahech pour entrer dans une période où elle a pris conscience de ses capacités, de ses envies, de son pouvoir… et donc où elle prend confiance en elle. Elle quitte un statut de figurant pour s’inscrire de plus en plus dans un rôle d’acteur. Que non seulement elle assume mais qu’elle revendique. Certes, cela ne se fait pas tout seul, les poches de résistance existent, et nombre de décideurs ferment les portes auxquelles frappent les jeunes à double tour, mais ils passeront par la fenêtre… En fait le risque est que nous passions à côté de notre jeunesse. Avoir 20 ans c’est forcément être impatient et notre société tarde à répondre aux besoins légitimes de nos jeunes. En fait nous avons en tant qu’adultes, beaucoup d’idées toutes faites sur notre jeunesse, nous la croyons individualiste, désintéressée de tout, blasée… c’est faux. Elle a de l’ambition, des rêves, des objectifs : nos jeunes veulent s’épanouir, c’est-à-dire bien sûr avoir accès à la formation, à l’emploi mais pas seulement, ils veulent accéder aux loisirs, à la culture, au sport, ne pas vivre «comme des légumes». Ils veulent découvrir, apprendre, vivre leur jeunesse, j’ai retenu une de leurs phrases favorites : «Nous voulons être jeunes avant d’être vieux». Il nous faut absolument comprendre que notre jeunesse pendant des années a évolué silencieusement, de façon souterraine et qu’aujourd’hui sa métamorphose apparaît au grand jour. Je pourrais continuer cette Tribune à l’infini, mais pour résumer je dirais aux politiques, aux élus, aux décideurs… de faire leur mue, qu’ils s’approchent des réalités pour comprendre, car au fond nos jeunes cherchent à s’épanouir dans leur propre pays – c’est leur aspiration profonde- si nous ne saisissons pas cela alors la politique n’aura plus de sens et les jeunes feront sans, ils ont déjà commencé !!

QUOTE · 引述
Les nouvelles générations ont aujourd’hui entre les mains un outil de communication, de pouvoir, d’expression qu’ils maî